Un poème pour la route n°273 : J’ai un volcan dans mon jardin, par Emmanuel Moses

J’ai un volcan dans mon jardin
Il dort mais comme je ne sais pas s’il a le sommeil fragile
Je veille à faire le moins de bruit possible quand je ratisse et pioche autour de lui
Au pied du figuier, surtout, où poussent de jolies fleurs sauvages
Parfois je m’allonge et pose mon oreille contre son cratère éteint
Pourquoi me semble-il alors qu’il cherche à me consoler de mon chagrin quotidien ?
À travers son silence de lave solidifiée et froide
Je crois entendre des lointaines paroles de réconfort
Le jour où il rougeoiera et crachera ses fumées
Si ce jour arrive de mon vivant
Je lui rappellerai les années de tendresse entre nous
Car il en aura peut-être perdu le souvenir
Tout à la joie délicieuse de sa résurrection.

Emmanuel Moses
Poème inédit

Une éruption de feu et de tendresse, tel le feu d’un buisson-ardent qui ne consumerait pas. Dans ce poème inédit, Emmanuel Moses, poète, romancier et traducteur de l’hébreu ancien, né en 1959 à Casablanca, apaise les coulées de laves de notre volcan intérieur. Derrière l’image convenue d’un cratère à la colère destructrice, il relève le réconfort proche et inconditionnel de la vie spirituelle capable, par la chaleur induite, de traverser les silences et le froid. La 27e édition du Printemps des poètes a lieu dans toute la France du 14 au 31 mars (lire aussi le portrait d’Hélène Dorion). Le thème retenu cette année, « La poésie. Volcanique », exprime la puissance du souffle et d’imagination du poème.
Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’hebdo n°273 du 7 mars 2025)

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