Médite en silence
Dans le sanctuaire de ta poitrine
Protégé des tambours
Au beat effréné
Des pas lourds
Et désorientés
Qui nous nassent
Dans les rondes
De passants agités
Allant aveugles d’où ils viennent
Venant fous d’où ils vont
Dans un millier de sons
Qui donnent le vertige
Dans l’immobilité
Existe le mouvement
Des plus grands voyages
Je rêve de Kamakura
Parmi nous
Sans nous
Une fois qu’il est compris
Que chacun est le centre
Alors par le ventre
Comme des battements d’ailes
Je, nous, le cosmos viens
Je, nous, le cosmos vais
Jérémie Balavoine
Schizoquelquechose
Cent Mille Milliards, 200 p., 15 €
C’est un héritage lourd à porter. Certains, pour l’éviter, se cachent derrière un pseudonyme. Ce n’est pas le cas de Jérémie Balavoine, le fils du chanteur adoré. D’autant plus adoré que la disparition brutale de Daniel Balavoine, à 33 ans lors du Paris Dakar 1986, a endeuillé toute une génération. Prendre la suite et devenir artiste est un pari osé, risqué et libre. Il est devenu musicien, préservant un anonymat dont il décide de sortir à l’occasion de la publication de ce premier recueil de poésie. Des vers disant la brisure, le mystère d’être et de se situer pour cet homme de 40 ans, la force d’une espérance qu’il ne fait qu’évoquer. Pour concilier le monde, il use du merveilleux pour danser avec l’autre : « Les écailles de sa peau / Flottent dans l’eau / Tracent un lumineux sillon / Qui mue en crinière de dragon ». Dans Schizoquelquechose, il tente, pour éviter la dispersion, un retour constant au temps présent, au goût de l’instant, un recentrement possible par la force du poème invitant les figures de la spiritualité asiatique, de Tchouang-Tseu à Bashô. « Une page du Tao / Suffit à donner tout son sens / Au non-sens. » Avec ce recueil, il répond en écho de la meilleure manière aux paroles de son père : et pourtant il faut vivre.
Stéphane Bataillon
(Article initialement paru dans La Croix l’hebdo n°271 du 21 février 2025)